"Les troupes de Tsahal ne se retireront que progressivement a prévenu Ehud Olmert. On n’en attendait pas moins. Comment Israël pourrait laisser la bande de Gaza hors de contrôle alors qu’il l’occupe depuis des décennies ? Bien qu’il n’y ait plus de colonies depuis 2005, les incursions de l’armée israélienne sont fréquentes, banales … et « normales » pour l’Etat hébreu. Que ce soient les points de passage des frontières, des opérations de contrôle ou encore des répressions « ciblées » (entre 2005 et 2008, selon l’ONU, 1250 palestiniens tués, dont 222 enfants, lors de ce type d’opérations), Israël n’a jamais permis aux palestiniens de vivre en autonomie, ni en pleine souveraineté. Ce n’est pas au lendemain d’un conflit meurtrier que le gouvernement israélien va changer de politique ; au contraire, il persiste et signe. D’ailleurs il a signé avec les Etats-Unis des accords un peu particuliers…
Réjouissons-nous, naturellement, d’un cessez-le-feu. Il est heureux de savoir que la population palestinienne n’est plus sous le feu des bombes. Pour autant, l’histoire ne s’arrête malheureusement pas là. Avant la déclaration unilatérale israélienne d’un cessez-le-feu, le gouvernement a pris soin de remettre sur la table des négociations la question des frontières de la bande de Gaza. Méprisant les représentants officiels du peuple palestinien dans son ensemble, et de celui du peuple de Gaza en particulier, méprisant le gouvernement égyptien, Israël s’en va signer une convention avec les Etats-Unis au sujet de… la frontière égypto-palestinienne. Et pourquoi l’Allemagne ne conviendrait-elle pas d’une convention avec la Russie pour gérer la frontière entre la France et l’Espagne ?
Attardons-nous un moment sur le contenu – quoi que très peu révélé – de ces accords. D’après la presse israélienne, ces accords prévoient la création d’un dispositif de surveillance afin de contrôler les voies maritimes et terrestres par lesquelles la fameuse contrebande d’armes transite. Ce dispositif partirait de l’Iran et passerait par le golfe persique, le Soudan et d’autres pays. Israël a demandé quatre garanties auprès du gouvernement américain : une déclaration américaine affirmant que la communauté internationale doit empêcher la contrebande d’armes depuis l’Iran à destination des « organisations terroristes » à Gaza ; une coopération entre les services de renseignements israéliens et américains afin de localiser les voies par lesquelles transitent les armes ; une activité maritime internationale pour repérer les navires transportant les armes ; la mise en place d’un programme de développement économique dans la région, afin de réduire la motivation à participer à la contrebande. Vaste programme. Dommage que les principaux intéressés n’ont pas été conviés.
Une fois ratifiée par le tandem Etats-Unis - Israël, les pays européens ont été informés. Le Président Sarkozy, invité à diner en Israël peu après ainsi que les plus hauts dirigeants de cinq pays européens (Espagne, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, République tchèque), a pu rassurer son hôte quant à la position française : Israël a le droit de se défendre. Plus encore, la France lui propose son aide en se déclarant prête à envoyer des bâtiments de la Marine afin de surveiller les routes maritimes utilisées par les contrebandiers. Pour les six dirigeants représentants l’UE, la position est quasi identique : ils se sont engagés à soutenir la lutte contre la contrebande d’armes à destination de la bande de Gaza grâce notamment à l’envoi d’observateurs et à la mise en place d’outils de détection de tunnels. Après cela, il y a quand même un lot de consolation pour l’UE: Israël lui propose de signer un accord de coopération dans le domaine de la lutte contre la contrebande d’armes, semblable à celui signé entre Israël et les Etats-Unis. Ce ne sera pas l’original mais l’UE a l’habitude de jouer des rôles politiques de second plan dans cette région…
Ainsi, malgré le cessez-le-feu, Israël se réserve le droit d’intervenir comme il l’entend et de cogérer la région du Proche-Orient avec les Etats-Unis. Il ne faut pas que le monde se tranquillise à l’idée d’une cessation des combats. De surcroit, il est nécessaire de trouver les moyens de contrôler aussi les activités du gouvernement israélien dans les territoires encore occupés, à la lumière du droit international mais aussi sous la contrainte de menaces fermes de la part de la communauté internationale, en particulier celles de l’UE.
Au sujet de la contrebande, dont pour l’instant nous savons peu de chose, en dehors de l’écho des services de la Défense du gouvernement israélien via la presse israélienne, il était quand même prévisible, pour un gouvernement aussi bien informé que celui de Tel-Aviv, qu’un million et demi d’êtres humains, soumis à un blocus despotique, puisse trouver des alternatives pour ne pas mourir de faim. C’est un peu monter en épingle de croire que les tunnels confirmés par Israël et l’Egypte à la fois servent à armer le Hamas jusqu’aux dents… Beaucoup de témoignages font état de nourriture, médicaments ou fioul transitant par ces canaux. La responsabilité de ce gruyère souterrain revient aux Etats du Conseil de Sécurité de l’ONU puis de l’UE qui ont courageusement coupé les vivres à la bande de Gaza, qui compte, rappelons-nous, une forte population réfugiée (environ un million).
Espérons donc, avant toute chose, que ce blocus honteux soit levé, de façon à ce qu’un dialogue puisse émerger. Car, si nous revenons aux origines de la trêve rompue, la première violation a été de maintenir le blocus sur la bande de Gaza, plongeant depuis plus de deux ans la population dans des conditions de vie inacceptables. "
Myriam B.
Acteur associatif
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